Échanges

Voici les différents thèmes sur lesquels des compléments ou des commentaires critiques ont été apportés par des lecteurs :

Les Crises

Il faut considérer deux types de « crise » : une catégorie de crises est liée à un dysfonctionnement, l’autre fait partie des processus du développement ; ce sont plutôt des « crise de paradigme », elles invitent à restructurer son rapport au monde pour répondre au besoin d’ajustement du vivant à son environnement. L'incapacité d’ajustement peut être le signe de l'implication d'un traumatisme qui crée un obstacle (stagnation) ou une brèche (perte) pour la circulation des flux caractérisant le vivant.

La loi et les règles du jeu

La loi se situe au-delà de l’homme et de la femme. Mais force est de constater que l’homme n’a pas le même rapport à la loi que la femme. Cela provient probablement de l’intrication, dans notre organisation sociale, de la loi et du pouvoir. L’attrait de l’homme pour le pouvoir est sûrement en lien avec l’attrait des femmes pour les hommes de pouvoir. Or, il me semble nécessaire de relier la loi à la quête de « justice » qui a fait émerger dans tous les groupes humains une personne porteuse de confiance et habilitée à « rendre » justice.

Une bonne loi sert à assigner à chacun une place. « Les lois, nous dit Montesquieu, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature, des choses. Les lois sont les rapports qui se trouvent entre elles et les différents êtres, et les rapports de ces différents êtres entre eux.» Se sentir à sa place, quel confort ! Ne pas occuper une place en cohérence avec ses déterminants, quel inconfort ! Ne pas avoir de place du tout, quelle angoisse !

Puis, à côté de la loi, il y a les règles du jeu. La notion de « jeu » chez Winnicott donne une lecture des règles possibles : les règles du play changent au fur à mesure des besoins du maître de jeu, tandis que les règles du game sont établies une fois pour toutes en début de partie et peuvent être transmises. L’homme politique s’est octroyé dans nos sociétés modernes le droit de fixer les règles. L’intrication des deux niveaux rend la participation au jeu totalement aléatoire : tantôt on suit une logique de play, tantôt une logique de game. Si on savait bien différencier ces deux espaces, on verrait un peu plus clair dans la jungle des réglementations et on pourrait s’engager dans une partie de jeu sans crainte.

Collectivement, nous avons un rapport à la loi complètement perturbée. La production législative est totalement démesurée et en devient inefficace. On n’a pas encore fini de lire la nouvelle directive qu’elle est devenue caduque. Pour ce qui concerne les marchés, mieux vaudrait partager les mêmes règles pour s’y retrouver. Mais actuellement c’est loin d’être le cas puisque les règles changent à une vitesse grand V. Qu'a-t-on fait des dix paroles qui constituent la base commune des trois religions monothéistes ? Sous prétexte qu’on a tué Dieu, on se prive durablement des directives les plus anciennes et les plus éprouvées du monde !

La dette

La posture d’inceste la plus odieuse ne serait-elle pas celle qui consiste à demander aux enfants de satisfaire les besoins des adultes et qui se manifeste dans le fait d’endetter les générations futures ? C’est un renversement des responsabilités totalement pervers mais on a fini par trouver cela normal ! Ce sont les parents qui prêtent aux enfants ; une civilisation ne devrait pas prendre appui sur les enfants pour se nourrir. Si le travail d’enfants a existé et existe toujours, on s’en insurge ; mais on préfère prendre de l’argent aux enfants qui ne sont pas encore nés : ils ne peuvent pas nous regarder avec leurs yeux tristes...

L'Afrique

L'idée de voir l’Afrique dans le rôle du bouc-émissaire me semble tout à fait pertinente. Mais je propose de voir le problème de l’Afrique du point de vue de ses frontières. Les pays africains ont été découpés selon les besoins géopolitiques de l’occident, au mépris des cohésions culturelles existantes.

J’attire l’attention sur l’importance de la « langue maternelle ». Le crime de l’humanité consiste à éradiquer petit à petit ce bain primordial par l’imposition très précoce d’une langue officielle. On n’imagine pas tout ce qui passe dans la langue, comment s'expriment à travers elle un rapport au monde, une compétence développée en réponse à un environnement et à des contraintes !

L’Afrique devrait pouvoir se réorganiser à partir des cohésions régionales organiques, renégocier ses frontières et mettreau travail une population qui dispose d’un outil essentiel pour trouver des solutions : celui de la langue.

Penser le traumatisme et la mort

Si l’histoire fournit un ancrage, nous pouvons comprendre le sort des migrants en rupture avec leur histoire. Certaines histoires sont vraiment difficiles à raconter. Les évoquer suscite de la douleur tant que le travail de deuil et d’intégration des drames associés n’a pas pu se faire. Le drame collectif des Grandes Guerres a donné un relief particulier à la deuxième moitié du 20ième siècle. Pour ne pas tomber dans la répétition, il faut chercher à comprendre, aller au contact avec l’impensable.

Les changements à mettre en oeuvre

Je fais globalement le même diagnostic concernant les changements nécessaires. Un intérêt tout particulier va vers la réconciliation homme/femme, une réconciliation nécessairement basée sur les différences fondamentales imposées par l’héritage biologique. La parité homme/femme n’a aucun intérêt si le féminin ne peut s’exprimer au sein des temples du pouvoir dans une atmosphère misogyne parfois à peine voilée.

Je suis également d’accord sur l’importance del’ordre et le respect de la position différenciée des générations, à traduire par l’acceptation des niveaux de développement différentiels des pays et des besoins spécifiques à chacun."